samedi 26 mai 2018

Les films qui dialoguent avec la télévision



Si les effets délétères des écrans ont déjà été abordés, il nous semble important de revenir sur l’effet précis de la télévision qui est en train de détruire le cinéma.
En diffusant des films, la télévision a pu, par le passé, faire découvrir le cinéma (on pense à La Dernière séance, articulée autour de la présentation bonhomme d’Eddy Mitchell, qui diffusait en prime time des classiques américains). Aujourd’hui ce n’est plus guère le cas : les jeux, les talk-shows et les innombrables séries ont rejeté le cinéma d’abord à des heures tardives (dans les années 70 Le Cinéma de minuit finissait vers minuit, puis, à partir des années 90, l’émission a commencé vers minuit…) avant, dans un second temps,  de le faire disparaître presque totalement. Au milieu de la vingtaine de chaînes qui forme le bouquet de base, on ne trouve guère que deux ou trois films par semaine (Arte diffuse une fois par semaine des films du patrimoine, mais la concurrence des autres chaines est rude).



Aujourd’hui, non seulement la télé ne diffuse plus guère de films du patrimoine, mais elle habitue le spectateur à un bien piètre spectacle. Les séries télé ou les téléfilms sont de purs produits commerciaux, qui n’ont d’autres buts que de fixer devant leur écran un maximum de spectateurs que l’on veut le plus fidèle possible. Le spectateur est donc habitué aux effets faciles des séries, aux personnages stéréotypés, aux intrigues simples et linéaires, à la répétition invariable des mêmes situations et aux fins claires nettes et précises. Le tout étant destiné à happer le spectateur le plus possible.
Tout cela formate le spectateur à un type de spectacle qui est bien loin du cinéma.

Mais la télévision – en tous les cas en France – va plus loin : elle n’hésite pas à exporter ses produits jusque dans les cinémas. En effet de nombreuses stars du grand écran, en France, sont d’abord des stars de la télé (Jean Dujardin, Danny Boon, Omar Sy, Kad Merad, Djamel Debouzze, Franck Dubosc, etc.). C’est leur succès à la télévision qui les a conduits vers le grand écran.
Sans discuter ici de leur qualité d’acteurs (si jusque-là Jean Dujardin s'est montré piètre acteur, Kad Merad interprète parfaitement un rôle tragique dans Je vais bien ne t’en fais pas de P. Lioret), on comprend ce que le producteur a derrière la tête : si on lui donne à consommer le même produit, le spectateur viendra le voir au cinéma. Et c’est ainsi que des films sont réalisés en écho avec la télé : ce sont des créations télévisuelles – à mi-chemin entre le téléfilm et le film à sketchs – projetées sur grand écran. Et le public, bien loin de se confronter au cinéma, se déplace pour voir les mêmes produits que ce qu’il connait déjà à la télé. Il y retrouve la même esthétique formatée et les mêmes recettes destinées à lui plaire.


C’est ainsi qu’aux castings de stars qui émaillaient certains films, a succédé le casting « people », empli de vedettes du show biz, dont certaines n’ont rien à voir avec le grand écran (mais qui ont tout à voir avec la télé). Le cas d’Astérix aux Jeux olympiques de F. Forestier et T. Langmann (6,8 millions d’entrées en 2008…) est tout à fait représentatif. Son casting donne le vertige puisqu’on y trouve, derrière des premiers rôles tenus par des acteurs incontestables (Depardieu, Delon, Poelvoorde, etc.), une ribambelle de célébrités qui n’ont à peu près rien à faire dans un film (Zinedine Zidane, Tony Parker, Michael Schumacher, Amélie Mauresmo, Adriana Karembeu…). Et, dans des séquences invraisemblables, on voit Zidane, grimé en égyptien, jongler avec un ballon et l’envoyer à Tony Parker qui se met à dribbler…
Au-delà des caméos, ce film, très directement, s’adresse au téléspectateur. Les allusions sont compréhensibles par qui est habitué au petit écran et une complicité s’instaure avec ce spectateur dont on sait qu’il connaît bien ces personnalités du show-biz. On a donc ici un exemple (parmi tant d’autres) de film où il est demandé au spectateur de venir voir sur grand écran ceux qu’il vénère sur le petit écran. Ce film, donc, ne dialogue pas avec le cinéma mais il dialogue avec la télévision. C’est en cela qu'Astérix aux Jeux olympiques – et tant d’autres films avec lui – n’a rien à voir avec du cinéma.

Et ce sont de tels films qui cartonnent au box-office et viennent s’immiscer dans les classements des films les plus vus, au milieu des blockbusters américains et des films d’animation.
C’est ainsi que la télévision, non contente de détruire peu à peu le cerveau, formate le spectateur à des films qui n’en sont pas et confine de plus en plus le cinéma à un espace inconnu du plus grand nombre.

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