samedi 12 septembre 2015

Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre, der Zorn Gottes de W. Herzog, 1972)



Aguirre, la colère de Dieu Werner Herzog Klaus Kinski Affiche Poster

Aguirre ou la colère de Dieu fait partie de ces films où l'atmosphère est telle que le spectateur est happé, à l'intérieur du film pourrait-on dire, sans qu'il s'en échappe (ou alors, il ne sera pas happé et passera au travers, c'est selon).
Klaus Kinski incarne un Aguirre magnétique et terrible (que serait le film sans l'acteur ?), à la fois handicapé (il claudique) et irrépressible dans sa folie.
Dès la première séquence – la file indienne des soldats qui s'enfonce dans la forêt en descendant des falaises escarpées et dangereuses – on entre dans un monde d'où l'on ne s'extirpe pas. La musique planante et psychédélique emporte dans une autre dimension.
Ainsi, le film est d’abord une plongée dans la nature sauvage, dangereuse, inaccessible. On ne voit pas les Indiens tirer leurs flèches, au matin des hommes sont morts, les maladies se répandent sur le radeau. Nul ne peut franchir cette Nature. Nul, pas même Aguirre : à ses délires sans limite de puissance et de gloire, s’oppose la Nature, comme un Tout qui l’englobe et le dépasse.

Mais le film est aussi une gigantesque métaphore, non pas d’Aguirre face au cosmos (puisque c’est à cela qu’aspire Aguirre dans sa volonté de conquête), mais de l'exploration de sa folie. Dans ce sens il ne s'agit pas pour le spectateur de suivre le cheminement de conquistadors à travers la forêt mais d'entrer dans le cerveau d'Aguirre de plus en plus profondément. Plus le film avance et plus on pénètre dans le cerveau ; plus le groupe se réduit autour de lui et plus on touche du doigt sa folie.
Sa folie, bien entendu, éclate dans la dernière scène : Aguirre claudiquant, sur son radeau à la dérive envahi par les singes. Cette image finale d’Aguirre est l’une des plus magnétiques du cinéma. Aguirre est seul avec sa folie, on est au cœur du cœur de son cerveau.

L'image finale du radeau à la dérive
Le film a distillé dans de nombreux films cette approche d'une Nature infranchissable, qui triomphe des conquistadors (la rivière est-elle franchissable ? Si on ne franchit pas la rivière, peut-on faire demi-tour ?), approche qui tranche avec les visions rousseauistes de paradis perdu charmant, de creux de verdure. C'est cette même Nature qui sera affrontée dans Delivrance de Boorman, dans Le Convoi de la peur de Friedkin ou encore dans Fitzcarraldo (qui est curieusement évoqué par la vision d'un bateau échoué dans les arbres...).

Klaus Kinski, les yeux plongés dans ceux du spectateur :
"Je suis la colère de Dieu".

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