dimanche 4 mai 2014

La Rivière rouge (Red River de H. Hawks, 1948)




Extraordinaire western de Howard Hawks qui illustre ici, comme Ford à la même période, un mythe fondateur des Etats-Unis.
L’éleveur Tom Dunson, accompagné de son fils adoptif Matt Garth et d’une horde de cowboys, doit accompagner son troupeau de dix mille bêtes – troupeau qu'il constitue depuis quinze ans à la force du poignet – du Texas au Missouri. Mais la dureté de Tom conduit Matt à s’opposer à lui et provoque des dissensions au sein du convoi.
Hawks, dans des images amples, filme la Nature, englobante, celle qui contient les hommes et les bêtes, au travers de longues séquences montrant la masse en mouvement et les larges paysages en noir et blanc (incroyablement, la couleur, absente ici et qui enchantera tant de westerns, ne manque pas). Il nous offre alors des images incroyables du gigantesque troupeau en mouvement, jusqu’au quotidien des cow-boys et des tensions dans le groupe (et dans le troupeau lui-même, qui s’affole au moindre bruit la nuit, avec la séquence étonnante de panique).
Hawks alterne les plans secs et vifs (attaque initiale des Indiens), amples, calmes ou épiques (vue du troupeau, traversée de la rivière) et lyriques (avec le personnage féminin de Tess).
Le personnage de Tom (John Wayne, parfait), très dur, antipathique et cruel est très novateur pour l’époque (où les héros ont encore une perfection très hollywoodienne). Son personnage devient même, au fur et à mesure du film, de plus en plus impitoyable (allant jusqu’à la tyrannie, exprimée au travers de sa phrase « la loi c’est moi »), de plus en plus buté. Mais ces excès sont complètement justifiés dans le film : il faut un personnage hors-norme et excessif, pour entreprendre ce voyage invraisemblable et le mener jusqu’au bout. D’ailleurs bien des convoyeurs veulent faire demi-tour, seul Tom s’entête.
Le caractère presque pathologique de Tom est exploité dans le film sous la forme d’une confrontation père-fils, avec Matt (excellent premier rôle de Montgomery Clift, avec déjà son jeu tout en intériorité) qui se révolte contre la dureté de son père adoptif. Seul le personnage féminin de Tess empêche le mort de Tom (qui était prévue à la fin du script initial) : son très fort caractère, son côté « adulte » par rapport à Tom et Matt leur permet de révéler la complexité de leur relation, faite d’estime, par-delà leurs oppositions. Ce changement de fin, voulu par Hawks, était contesté par le scénariste Borden Chase, qui signait là son premier script (avant de devenir une des grandes plumes du western – travaillant pour A. Mann notamment).

Tom (John Wayne) et Matt (Montgomery Clift)

Ce western parvient à relier dans le même temps l’aspect à la fois ample et pittoresque des films de Ford (avec d’excellents et importants seconds rôles) et une dramaturgie que l’on retrouvera surtout chez Anthony Mann (avec un personnage principal névrosé). Ce double aspect est très rare dans le western (on le retrouve, par exemple, dans 
La Prisonnière du désert).

Notons que Hawks, qui compilait alors succès après succès (il venait de réaliser l’excellent Grand Sommeil), a décidé de produire seul ce film. Devant l’énormité et la complexité de la tâche (il faut dire qu’il s’agit d’un tournage monstre), il ne renouvellera jamais cette expérience d’autonomie totale vis-à-vis des grandes maisons de production.

Ce film peut servir de test intéressant : qui n’aime pas ce film, très certainement, n’aime pas les westerns. Et, peut-être même, de façon plus radicale : qui n’aime pas ce film n’aime pas le cinéma ?


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