samedi 27 octobre 2012

Capitaine Conan (B. Tavernier, 1996)




Le film de Bertrand Tavernier, au-delà d’embrasser une partie méconnue de la première guerre (les combats qui se poursuivirent, dans l’Est, jusqu’en 1919), frappe par le portrait qu’il dresse de son personnage principal, le capitaine Conan (excellent Philippe Torreton). Guerrier terrible, façonné par et pour la guerre, efficace et assoiffé d’action, révolté contre les pantouflards, il rejoint ces personnages de cinéma qui, eux aussi, ne vivent qu’au travers de la guerre. On pense au sergent Montana de Cote 465, au sergent Croft dans Les Nus et les morts (tous les deux joués par Aldo Ray) ou au sergent Hartman (R. Lee Ermey) dans Full Metal Jacket : ils ne vivent qu’au travers de la guerre, comme des bêtes féroces « praying for a war » comme le dit Hartman, exaltés et violents, mais terriblement efficaces et, sans doute – et c’est là le cœur de la réflexion – indispensables pour gagner une guerre. Beaucoup ont fait la guerre mais nous l’avons gagnée, explique Conan à Norbert, entendant par là qu’il faut des nettoyeurs de tranchées, sans foi ni loi, pour vaincre. On retrouve la réflexion qui traverse Cote 465 (« Que Dieu nous protège si, pour gagner cette guerre, il faut des gars comme vous »).


Capitaine Conan s’écarte donc des tendances pacifistes ambiantes pour aller voir d’un peu plus près la réalité de la guerre, avec ses atrocités et ses folies. Et Tavernier complète le tableau de ce type de personnage : foncièrement inadapté à la vie civile, inutile, Conan dépérit et meurt à petit feu maintenant que la paix est revenue (« comme un tank rouillé abandonné au fond d’un jardin » dit de lui, très justement, Philippe Torreton). Et quand Norbert lui dit que la guerre est finie, que les choses ont changé et qu’il faut s’adapter, Conan rétorque : « demande donc à un cleps de s’adapter à la salade, tu vas voir… ». La guerre finie, ce personnage violent, jusqu’au-boutiste et, malheureusement, sans doute indispensable, n’a plus de raison d’être.

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