lundi 10 septembre 2012

Rosemary's Baby (R. Polanski, 1968)




Très grand film de Roman Polanski, qui réalise un chef d’œuvre de suggestion horrifique, en parvenant à rester sur la corde raide de l’incertitude et de la suspicion sur ce qu’il se passe réellement pendant tout le film.
On suit le point de vue de Rosemary, de plus en plus persuadée que son mari a conclu un pacte avec le Diable et donc l’inquiétude cède progressivement le pas à la panique durant sa grossesse. A coups de bizarrerie, de moments incongrus, de détails étranges, de gros plans outrés ou encore d’une bande son en contrepoint de l’image, Polanski parvient à distiller un climat de malaise qui va croissant. Bientôt le quotidien devient en partie monstrueux, avec quelques jeux de cadrage et l’emploi de focales courtes qui imposent à la caméra d’être très près des acteurs, créant un effet visuel saisissant.
Mais Polanski ne s’écarte jamais de sa ligne suggestive (rejoignant en cela les plus grande réussites de Jacques Tourneur) : le film est sans éclat, sans hémoglobine, sans monstration inutile (bien évidemment on ne verra jamais le bébé), sans effets d’horreur. C’est sur cette position radicale et magnifique que repose toute l’ambiguïté du film qui refuse de réduire le champ des possibles.



Il faut noter l’excellent quatuor d’acteurs (Mia Farrow et John Cassavetes incarnant Rosemary et son mari, et Ruth Gordon et Sidney Blackmer dans le rôle du vieux couple de voisins) dont la composition rajoute énormément à l’étrangeté du film.


Rosemary’s Baby pose la troisième et dernière pierre angulaire du cinéma de monstres, après L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel et Psychose de Hitchcock. Désormais, le monstre, bien loin d’être une créature épouvantable venue de l’espace ou du fin fond des Carpates, est à nos portes, il est même parmi nos voisins, notre conjoint, en nous et nous le procréons, nous, pauvres humains.

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