dimanche 10 décembre 2017

Agora (A. Amenábar, 2009)




Péplum assez décevant d’Alejandro Amenabar, qui réalise un film assez conventionnel.
La reconstitution archéologique est le point fort du film. Profitant des possibilités sans fin du numérique, Amenabar fait vivre sous nos yeux une Alexandrie antique tout à fait crédible. Mais, cinématographiquement, la lumière est typiquement numérique, avec cet éclat si particulier et cette fausse poussière qui vole au ralenti.
La mise en scène est très banale, avec des caméras qui dominent la place sur laquelle s’avancent les hordes hurlantes, en même temps qu’une voix chante lentement. On a vu cela cent fois.
Assez curieusement, le film, sous des dehors antiques, est en fait un vrai reflet des tendances actuelles, sur au moins deux points. D’une part le film tire à boulets rouges sur les chrétiens. Même si ils ne sont pris que comme exemples de tyrans et ne sont pas directement visés par Amenabar, il n'en reste pas moins qu'à les habiller de noir ou à représenter l'un d'eux comme un fanatique patibulaire, il ne fait pas dans le détail. C’est assez peu habituel pour les péplums, où les chrétiens constituent souvent les groupes persécutés. Hollywood, il est vrai empêchait d’autres interprétations, mais là, le film étant européen, ce sont les chrétiens qui lapident et assassinent sans coup férir. On est tout à fait dans le ton actuel anti-chrétien de l’Europe.
D’autre part le film met en scène une femme, philosophe et astronome, qui enseigne sur l’agora. En se focalisant sur ce cas unique (et donc célèbre), on a là un reflet du féminisme de la société actuelle. Non pas que cela soit un regret, mais on peut y voir une marque d’allégeance supplémentaire aux modes actuelles : l'allégeance  est donc aussi bien visuelle (le monde numérique) que dans les thèmes abordés.



Mais cela n’empêche pas les personnages d’être fades et trop caricaturaux. On anticipe le déroulement de toute l’histoire très vite, notamment la position intenable d’Hypatie qui est toute dévouée au savoir et se proclame athée (ce qu’elle n’était pas en réalité, mais cela eut sans doute rendu le scénario trop complexe) alors qu’Alexandrie vit des heures de conversion chrétienne difficile. Si Hypathie est tournée vers le savoir (et elle résiste aux hommes qui la courtisent, sans toutefois être indifférente), cet équilibre entre savoir et religion semble difficile à exprimer dans le film.
Et, scientifiquement, les interrogations sur les mouvements célestes laissent songeur. On se doute bien que Hypatie, héroïne comme elle est, ne va pas en rester aux orbites circulaires et qu'elle va bien finir par trouver l’idée d’orbites elliptiques, idée qui ne viendra pourtant, par Kepler, que quelque mille ans plus tard.




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