mercredi 8 février 2017

Premier contact (Arrival de D. Villeneuve, 2016)



Intéressant film de science-fiction qui se focalise sur le moment du premier contact entre humain et extra-terrestre, moment fascinant s’il en est. L’intrigue réside donc dans cette prise de contact : comment être compris, comment comprendre ?
Loin des pyrotechnies habituelles, le film cherche à creuser cette incompréhension et, sur cet aspect, il est réussi. Certains plans sont splendides, en particulier ces jeux d’échelles ou d’incongruités, avec ces gigantesques formes ovales qui restent en suspension. Dans bien des images, Kubrick n’est pas loin.


Villeneuve, en bon réalisateur, sait instaurer une tension et filme avec une certaine douceur la compréhension progressive de Louise, qui sent les choses peu à peu. On regrette qu'il se laisse emporter par une certaine tentation philosophico-merveilleuse, à mi-chemin entre Kubrick et Malick, mais qui fait un peu flop au bout du compte, le style de Villeneuve, avec ses lents mouvements d’appareils, surjouant un peu trop le lyrique.
Le récit est malin puisqu’il forme une boucle temporelle, en étant organisé de façon circulaire, avec une fin qui rejoint tout à fait le début. En effet les extra-terrestres, par leur langage, permettent à Louise de s’affranchir du temps et celle-ci, bien que connaissant son futur tragique (c’est le sens de la première séquence : Louise sait que sa fille va mourir d’un cancer en bas âge), elle décide de vivre ces moments malgré tout. Mais, si l’idée est belle et si la mise en scène semble habile (avec notamment le motif du cercle qui revient souvent dans le film, en particulier au travers du langage extra-terrestre), Villeneuve triche un peu. En effet, dans la séquence introductive, qui raconte en quelques plans cette mère qui perd son enfant, le père est absent. Et pour cause : ne voulant pas dévoiler son intrigue, Villeneuve ne montre pas Ian mais celui-ci apparaît, en revanche, dans la séquence finale, où l’on revoit ces moments fugaces de bonheur, lorsque l’enfant est bébé, mais avec le père cette fois qui joue avec la mère et la fille. Si l’intrigue forme donc une boucle, les images de début et de fin ne se répondent qu’en partie. Il manque quelque chose au début (Louise apparaît bien seule avec sa fille) et les images nous mentent, au moins par omission, pour préserver le scénario, ce qui n’est pas très adroit et même un peu trompeur. On préfère toujours une image que l’on ne comprend pas, avec un détail important que l’on ne voit pas d’abord ou un sens caché qui se dévoilera plus tard, à une image qui nous cache quelque chose, en laissant délibérément hors-champ un élément important, et qui ne permet donc pas de comprendre.

Il est dommage aussi que, en arrière-plan de cette double relation entre Louise et les extra-terrestres et entre Louise et Ian, on retrouve des dérives habituelles du genre : des militaires qui noyautent tout et qui rapidement ne demandent qu’à attaquer, des scientifiques qui comprennent mais qu’on ne veut pas écouter, tel ou tel dirigeant qui s’obstine dans son coin et risque de déclencher une guerre mondiale. On retrouve alors un canevas fréquent : des gentils (les scientifiques) qui cherchent à empêcher des méchants (les militaires, même si le colonel est compréhensif, il obéit aux ordres « qui viennent d’en haut ») de faire des bêtises avec leurs missiles. Les extra-terrestres étant finalement – mais on a guère de doute à ce sujet – très gentils. Sur cet aspect le film ne réserve guère de surprise et la fin est même particulièrement conventionnelle.
On reste d'ailleurs circonspect devant la résolution finale, le scénario s’asseyant d’un coup sur toute idée de réalisme (un coup de téléphone improbable). On voit bien que là n’est pas ce qui intéresse le réalisateur, mais il dénoue son intrigue un peu vite après avoir pourtant pris le temps de l’installer.


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