vendredi 6 janvier 2017

Délits flagrants (R. Depardon, 1994)




Intéressant documentaire de Raymond Depardon, qui pose sa caméra et laisse les scènes se dérouler (il se retire en cela de son film, à la différence de ce qu’a pu faire Jean Rouch par exemple). On assiste alors à des séries d’entrevues entre des personnes déférées (prises en flagrants délits) et le substitut du procureur. Le film est alors très répétitif, puisqu’il s’agit d’un défilé de prévenus, qui exposent à chaque fois un cas différent. Très loin de lasser, cette répétition, au contraire, fait mouche : elle happe peu à peu et on « entre » vraiment dans la pièce où siègent les protagonistes, on s’installe et on vit le moment comme en direct.
La question intéressante, ensuite, est de chercher à saisir ce qu’en pense Depardon : quel jugement porte celui qui pose ainsi sa caméra sur ce qu’il filme ? Le montage proposé n’aide guère (les choix de Depardon – pourquoi tel prévenu avant tel autre, etc. – ne sont pas clairs). On est tenté de penser que cette façon de simplement poser sa caméra pour qu’elle embrasse la scène est une façon d’approcher une attitude objective. Pourtant, Depardon lui-même, quand il s’exprime à propos de son film, laisse transparaître une subjectivité évidente : il dénonce notamment les conditions de l’entretien entre un substitut rodé à ces entrevues et des prévenus qui ne sont pas au fait de ce qui se joue. Mais cette position ne transparaît guère au travers du documentaire. Au contraire le silence du documentariste, qui n’intervient pas dans son film, laisse le spectateur libre de construire son propre regard, assez peu guidé par des choix de montage ou de prises de vue (dans des précédents documentaires, par exemple Faits divers, Depardon intervient beaucoup plus dans son maniement de caméra et au travers du montage).


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