lundi 14 novembre 2016

La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa de J. L. Mankiewicz, 1954)




Très grand film de Joseph L. Mankiewicz, qui explore plus encore que dans d’autres films sa narration à plusieurs voix, à grands coups de flash-backs et de flash-back dans le flash-back. Le film débute ainsi sur l’enterrement de Maria, avec Harry Dawes (Bogart), en imper sous la pluie, qui commence le récit de cette histoire de Cendrillon moderne. Et ce ne sont pas moins de quatre narrateurs (dont Maria elle-même) qui prendront successivement la parole pour raconter ce qui est d’emblée montré comme une tragédie.
Mankiewicz brosse le portrait de trois sociétés – le monde du cinéma, la haute société argentée et une aristocratie moribonde – tout à la fois différentes et semblables dans leur désespoir. Et Maria passe ainsi de l’une à l’autre toujours en quête. Avec l’évocation d’Hollywood la mise en abyme est patente (et Bogart est alors un double du réalisateur/scénariste).
Mankiewicz fait parler ses personnages jusqu’à plus soif, abordant mille thèmes, mais dessinant un destin inéluctable et tragique à la belle Maria, qui, pourtant, après bien des désillusions,  croyait avoir trouvé son prince charmant, comme une petite fille exaucée.



Bien entouré par de très bons seconds rôles, Bogart continue de construire son mythe, avec cet élan cassé, cette pose un peu voûtée et cette voix si particulière et désabusée. Mais les regards se tournent davantage encore vers Ava Gardner, une nouvelle fois cœur battant du film (de même que dans Pandora ou La Croisée des destins) et qui donne une féerie envoûtante au film. On comprend que Mankiewicz, sentant combien elle irradie l’image, la filme toujours plus belle et plus tragique.



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