vendredi 11 mars 2016

Nous ne vieillirons pas ensemble (M. Pialat, 1972)




Grand film de Maurice Pialat qui dissèque un couple étrange et qui tient en équilibre, on ne sait comment, ne cessant de s’éloigner et de se rapprocher. C'est un peu la chronique d'un amour destructeur. Pialat adapte au cinéma son roman autobiographique : le moins que l’on puisse dire est qu’il ne se ménage pas, Jean Yanne interprétant son double cinématographique, personnage violent, lunatique, souvent pathétique.
Jean est marié, mais il vit depuis plusieurs années avec sa maitresse Catherine. Mais cette relation est très tumultueuse : Jean est souvent goujat, agressif ou insultant, et parfois doux et cherchant à se rabibocher. De sorte que leur couple est montré comme une suite ininterrompue de disputes et de réconciliations.

Pialat filme au scalpel cette destruction progressive, que l’on croit pourtant capable de durer indéfiniment, tant, à la violence de Jean qui provoque autant de moments de rupture, succèdent des scènes de rapprochement. Il filme les amants en les écartant de plus en plus l’un de l’autre : d’abord en les réunissant dans les mêmes plans séquences, puis en les opposant dans des champ/contre-champ, puis en les séparant (l’un regardant l’autre depuis l’intérieur d’une voiture par exemple). La violence de Jean explose de plus en plus, pour de trop rares moments d’apaisement.
Et Catherine qui, depuis des années ne s’éloignait jamais complétement ou jamais suffisamment, même après des scènes ignobles de Jean, finit par parvenir à s’émanciper, à prendre ses distances et à quitter Jean pour avancer. Jean, penaud, incrédule, qui découvre que tout est terminé, que son attitude a eu raison de Catherine.
A la carrure bourrue de Jean Yanne répond la fragilité innocente de Marlène Jobert. Jean Yanne joue à merveille la dualité de son personnage, tantôt goujat brusque et violent, tantôt penaud et maladroit pour tenter de se réconcilier. Marlène Jobert exprime merveilleusement l’amour et l'admiration pour Jean, qui lui fait supporter l’insupportable, puis elle glisse progressivement vers une froide indifférence quand elle s’écarte de Jean jusqu'à, finalement, se tourner vers un autre homme.

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