mercredi 17 février 2016

Seven (Se7en de D. Fincher, 1995)




Bon thriller de David Fincher, violent et angoissant, qui met en scène un classique duo de flics mal assortis (un petit jeune fougueux et un vieux près de la retraite) aux prises avec un criminel psychopathe appliqué et patient.
Le film reprend la trame principale de L’Abominable Docteur Phibes de Fuest. Là où le docteur tuait successivement ses victimes en s’inspirant des dix plaies d’Egypte, ici le tueur part des sept péchés capitaux. De même le docteur Phibes a mûri son plan pendant des années, comme le fait John Doe dans Seven. Le film, donc, n’est pas original, mais il n’en est pas moins réussi.



David Fincher met en effet en place avec une certaine roublardise une ambiance un peu artificielle qu'il cherche à faire passer pour des effets de style. Une image numérique aux filtres chauds, un concept assez racoleur, un univers métaphorique (ici une « leçon biblique ») volontiers glauque et poisseux et qui montre (avec une certaine complaisance) tout le sordide des mises en scène des meurtres. Cela fait un peu concours d'abominations et il n’est pas certain que, pour happer le spectateur, il faille sans cesse chercher à le choquer toujours davantage.

La déclinaison en sept péchés capitaux a pour intérêt d’apporter du grain à moudre aux policiers et, surtout, cela cherche à installer le psychopathe dans la branche à la mode des psychopathes intelligents, lucides et cultivés. Or on retombe là inévitablement sur Hannibal Lecter, mémorable tueur du Silence des agneaux, et que Kevin Spacey, malgré un jeu humble et très juste, ne parvient guère à faire oublier.
Certes le personnage, par essence, se veut le plus discret possible (jusqu’à son nom de John Doe) mais c'est le machiavélisme scénaristique, bien plus que le personnage du tueur lui-même, qui marque les esprits. Comme ce sont ses actes plus que lui-même qui sont destinés à être gardés en mémoire par le spectateur (spectateur du film autant que le spectateur imaginaire des meurtres du tueur qui espère, assez stupidement, marquer son temps dès lors que l'ensemble de son « œuvre » apparaîtra dans sa totalité : voilà une pensée bien naïve pour un tueur censément intelligent), ses actes, donc, sont forcément outranciers à l'image. On le regrette un peu, tant d'une part l'atmosphère oppressante par ailleurs montrait qu'on pouvait laisser bien des atrocités hors-champ et tant, d'autre part, c'est le personnage de John Doe et sa relation avec les deux inspecteurs (personnages que Fincher a intelligemment pris le temps d'épaissir) qu'il aurait été intéressant d'approfondir.

On notera une influence néfaste du film : on ne compte plus les films de second rang ou les séries télé qui ne peuvent s'empêcher d'emmener le spectateur dans des endroits glauques directement inspirés de l'atmosphère de Seven et qui ne peuvent s’empêcher, non plus, de filmer en gros plan bien des cadavres abominables.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire