jeudi 7 mars 2013

Le Port de la drogue (Pickup on South Street de S. Fuller, 1953)




Magnifique film noir de Samuel Fuller, qui nous plonge dans les bas-fonds de New-York, au milieu de pickpockets, de prostituées, d’indics ou d’espions. Et, consubstantielle à ce milieu, une violence sèche et dure sévit, avec des scènes étonnamment sauvages.
L’ambiance construite par Fuller est une réussite, avec des noirs et blancs très marqués, et une approche curieuse de la ville : parfois très réaliste (la fameuse scène d’ouverture, si bien construite, dans le métro), parfois beaucoup plus onirique (la cabane de Skip). Et il y peint une série de personnages très réussie, véritable galerie de portraits des bas-fonds, avec Skip (Richard Widmark) en pickpocket solitaire et sarcastique, Candy (Jean Peters), la prostituée, coincée entre deux eaux (et qui est brutalisée sans cesse) ou encore l’étonnante Moe, la vieille indic. Cet ensemble de personnage construit une forme de morale des quartiers dépravés à la fois intraitables (les rapports humains sont emplis de violence) mais humains (avec l’indic qui mourra plutôt que de balancer Skip, dans une séquence de meurtre incroyable de justesse et de retenue).



Et, toujours, la vista de Fuller fait mouche : il est guidé par une espèce d’instinct puissant de réalisation, qui sent comment happer le spectateur, à coups de scènes nocturnes, de plans-séquences alternés avec des gros plans, d’une grande profondeur de champ, de jeux de lumière et d’ombre, d’un tempo énergique, de contre-plongées violentes. L’ensemble donne cet aspect brutal et sec très typique du réalisateur.



On notera combien, dans la version française, le texte a été modifié (jusqu’au titre qui ne signifie rien de l’intrigue originale) pour effacer toutes velléités anti-rouges et replacer l’intrigue d’espionnage par une histoire de drogue, totalement inexistante en version originale.

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