vendredi 26 octobre 2012

La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons de O. Welles, 1942)





Le second film de Orson Welles, déjà, subit les foudres des studios et la légende de l’artiste maudit se fait jour. Il est vrai qu’après Citizen Kane, Welles et les studios entretiendront des relations orageuses (les studios ne voyant pas d’un très bon œil ses films à visées bien peu commerciales, Welles lui-même, par son caractère et son égo, ne contribuant guère à apaiser les relations). La Splendeur des Amberson, tel que le film nous est donné à voir, apparaît ainsi bien éloigné de l’idée de Welles. La fin initiale, en particulier, jugée trop déprimante (la vieillesse y était montrée sans concession), a été coupée et les bobines ont été perdues. Le film d’une durée initiale de deux heures trente a été réduit à une durée d’environ une heure et demie. C’est que la pré-projection fut catastrophique et la RKO remonta le film en urgence, tout à fait hors du contrôle de Welles (lui qui donnait au montage une place si primordiale (1)).

À la différence de Citizen Kane, le récit est ici beaucoup plus conventionnel et Welles nous plonge dans la déchéance d’une grande famille. Il donne ainsi à voir la ruine des Amberson qui se meurent  à coups d’arrogance. Tout autant que le récit, c’est la mise en scène baroque de Welles qui retient l’intention (2).


Mais cette mise en scène, pour inventive et spectaculaire qu’elle puisse être (richesse des plans séquences et de la profondeur de champ, cadrages intégrant les plafonds, contre-plongées fréquentes, saturation du cadre, etc.), reste au service de l’histoire : la saga familiale se double d’une histoire d’amour impossible, de haines féroces et d’une analyse sociale juste (la fin de la vieille famille aristocratique au profit d’une nouvelle famille bourgeoise). Et Welles excelle à mettre en lumière les différents personnages, des plus aimables aux plus haïssables.





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(1) : Welles disait à ce propos : « le seul endroit où j’exerce un pouvoir absolu est la salle de montage ».

(2) : avec un réalisateur tel que Welles, peut-on réellement dissocier récit et mise en scène ? André Bazin nous dit bien que « la technique n’est pas seulement une autre façon de mettre le récit en scène, elle met en cause la nature même du récit ».

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